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Satin ou soie : la différence, et comment reconnaître la vraie soie

Une vendeuse vous dit « c’est du satin ». Une étiquette annonce « satin de coton ». Un site vend une taie d’oreiller « satin ou soie », au choix, avec quarante euros d’écart. Et personne ne vous explique jamais pourquoi.

La réponse tient en une phrase : le satin n’est pas une matière, c’est une façon de tisser. La soie est une fibre. Comparer les deux revient à comparer une recette et un ingrédient. Une fois que vous tenez cette distinction, vous ne vous ferez plus avoir sur une étiquette.

Le satin est un tissage

Tisser, c’est croiser deux ensembles de fils : la chaîne, tendue sur le métier dans le sens de la longueur, et la trame, qui passe en travers. La façon dont ces deux ensembles se croisent s’appelle une armure. Il en existe trois fondamentales, et tout le reste en découle.

  • La toile : un fil dessus, un fil dessous, alternativement. C’est le tissage de la chemise en popeline, du drap en percale, du torchon. Solide, mat, identique des deux côtés.
  • Le sergé : le croisement se décale à chaque rang, ce qui dessine des diagonales. C’est le tissage du jean et de la gabardine.
  • Le satin : un fil passe par-dessus quatre, cinq, parfois sept fils avant de repasser dessous. Ces longs segments de fil qui courent en surface s’appellent des flottés.

Ce sont ces flottés qui font tout. Comme la surface est presque continue, sans croisement visible pour l’interrompre, la lumière n’est plus dispersée : elle est renvoyée. D’où la brillance, la glisse sous la main, et cette particularité que vous pouvez vérifier tout de suite sur n’importe quelle pièce en satin : l’endroit brille, l’envers est mat. Un tissu en armure toile n’a pas d’endroit ni d’envers. Un satin, si.

Le mot lui-même raconte cette origine chinoise. Il vient de zaytūn, le nom que les marchands arabes donnaient à Quanzhou, grand port de la province du Fujian d’où partaient les étoffes vers l’Occident au Moyen Âge. Le tissage, lui, est bien plus ancien que le mot, et il a été mis au point pour un seul matériau : la soie.

La soie est une fibre

La soie est produite par la chenille du bombyx du mûrier, Bombyx mori, qui sécrète pour son cocon un filament unique et continu de plusieurs centaines de mètres. C’est cette continuité qui la distingue de toutes les autres fibres naturelles : le coton, le lin ou la laine sont des fibres courtes qu’il faut filer, c’est-à-dire tordre ensemble pour obtenir un fil. La soie, elle, est déjà un fil en sortant du cocon.

Sa section est à peu près triangulaire. Une fibre à trois faces réfracte la lumière comme un prisme, sous des angles différents selon l’endroit où elle se trouve. C’est la raison technique d’un effet que vous connaissez sans le nommer : la soie ne brille pas d’une seule couleur. Elle change de nuance quand vous bougez la pièce. Le polyester, dont la section est ronde et régulière, renvoie au contraire une brillance blanche, uniforme, un peu dure. C’est le premier signe qui trahit une imitation, et il ne demande aucun matériel.

Une conséquence pratique de tout cela : il existe du satin de soie, du satin de coton, du satin de polyester, du satin de viscose. Et inversement, la soie se tisse aussi en toile (le pongé, le crêpe de Chine, la mousseline) ou en sergé. Une chemise en soie n’est pas forcément brillante. Une robe brillante n’est presque jamais en soie.

Ce que l’étiquette est obligée de vous dire

C’est là que la loi devient votre alliée. Dans toute l’Union européenne, le règlement n° 1007/2011 impose que la composition en fibres d’un textile soit indiquée, et il réserve les dénominations : le mot « soie » ne peut désigner que la fibre produite par les insectes séricigènes. Un vendeur n’a pas le droit d’appeler « soie » un polyester.

En revanche, « satin » n’est pas un nom de fibre. Ce n’est pas une information réglementée, c’est une description commerciale, et elle n’engage personne. D’où la règle à appliquer en magasin comme en ligne :

Le mot sur la pancarte ne compte pas. Seule compte la ligne de composition. « Satin 100 % polyester » et « satin 100 % soie » sont deux produits sans rapport, souvent posés sur le même portant.

Un cas revient sans arrêt dans la literie : le « satin de coton ». Le terme est exact et n’a rien de mensonger, c’est du coton tissé en armure satin, plus lisse et plus brillant que la percale, qui est le même coton tissé en armure toile. Mais ce n’est pas de la soie, et ce n’en approche pas le prix.

Trois tests pour vérifier une soie

Quand l’étiquette a disparu, ce qui est la règle en friperie et en brocante, il reste la pièce elle-même. Ces trois vérifications se font debout, en boutique, sans rien abîmer.

1. Le reflet, en bougeant le tissu

Prenez la pièce à la lumière et inclinez-la lentement. Une vraie soie change de nuance, comme si deux couleurs se répondaient. Le polyester garde le même éclat blanc quel que soit l’angle.

2. La main, pendant dix secondes

Serrez le tissu dans votre paume et comptez jusqu’à dix. La soie prend la température de la peau et devient tiède. Le polyester reste froid au premier contact, puis devient moite : il ne laisse pas passer l’humidité. C’est exactement ce qui se produira sur vous après deux heures de port.

3. Le poing fermé

Froissez fermement un pan dans votre poing, puis relâchez. La soie garde des plis fins et souples qui s’effacent peu à peu, et elle produit sous les doigts un léger crissement, ce que les soyeux appellent le cri de la soie. Le polyester ressort lisse, sans un pli, et sans un bruit. Une matière qui ne se froisse jamais n’est jamais une matière naturelle.

Reste le test de la flamme, le seul qui soit sans appel, mais qui détruit un fil : à faire uniquement sur une pièce qui vous appartient déjà, en prélevant un fil dans un ourlet intérieur. La soie brûle lentement, sent le cheveu brûlé et laisse une cendre noire qui s’écrase en poudre entre les doigts. Le polyester fond au lieu de brûler, sent le plastique chaud et laisse une petite bille dure. Un mélange fera les deux à la fois.

Et pour une taie d’oreiller, satin ou soie ?

C’est la question qui amène le plus de monde sur ce sujet, et la distinction du début y répond enfin proprement.

Ce qui fait glisser les cheveux au lieu de les accrocher, c’est l’armure satin, pas la fibre. Une taie en satin de polyester glisse donc, elle aussi, et pour une fraction du prix. Si votre seul objectif est de réduire la friction et les frisottis au réveil, un satin bien tissé fait le travail.

Ce que la soie apporte en plus tient à la fibre : elle absorbe beaucoup moins d’humidité que le coton, donc elle boit moins l’eau de vos cheveux et les soins que vous posez le soir, et elle régule mieux la température. C’est un confort réel, ce n’est pas un miracle capillaire, et aucune taie n’a jamais réparé un cheveu.

Si vous partez sur de la soie, un seul repère compte : le momme, unité japonaise qui mesure le poids de l’étoffe. En literie, la référence est 22 mommes, 19 est un minimum acceptable, en dessous le tissu est trop léger pour durer. Une taie sérieuse annonce sa composition (100 % soie de mûrier) et son momme. Quand le momme n’est pas indiqué, c’est qu’il n’y a pas de quoi s’en vanter.

Ce que vous regardez désormais en premier

Trois réflexes, et la question ne se pose plus :

  1. Chercher la ligne de composition avant de regarder le prix.
  2. Retourner le tissu : si l’envers est mat et l’endroit brillant, c’est un satin, quelle que soit la fibre.
  3. Incliner la pièce à la lumière : deux nuances, c’est de la soie. Une seule, c’est du synthétique.

Ce sont trois gestes qui ne coûtent rien, ce qui rejoint assez bien ce que Christian Dior écrivait en 1954 : les fondements du bien s’habiller ne s’achètent pas.


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