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Les accessoires qui ont fait l’histoire de la mode

Un sac, un foulard, une chaussure. Ces objets semblent secondaires jusqu’au moment où l’on comprend qu’ils concentrent, souvent mieux que les vêtements eux-mêmes, les mythologies d’une époque.

Il y a une chose que l’histoire de la mode enseigne, si l’on prend le temps de l’écouter : les accessoires ne complètent pas une tenue. Ils la définissent. Ils portent une charge symbolique souvent supérieure à celle du vêtement principal, précisément parce qu’ils sont choisis, ajoutés, revendiqués. Le vêtement peut être imposé par le code vestimentaire, le budget ou l’occasion. L’accessoire, lui, trahit quelque chose de plus intime.

Voici cinq accessoires qui ont traversé les décennies pour devenir autre chose que des objets : des mythes.

Le sac Kelly d’Hermès

L’histoire du sac Kelly est, en réalité, l’histoire d’un malentendu heureux. Le sac existait bien avant Grace Kelly. Il s’appelait le Haut à courroies, créé par Hermès en 1930 pour transporter selles et équipements équestres. Ce n’est qu’en 1956, lorsque la princesse de Monaco fut photographiée en tenant ce sac devant son ventre de femme enceinte pour se dissimuler des photographes, que le mythe fut créé.

Hermès rebaptisa l’objet en son honneur en 1977, vingt et un ans après la photographie. Depuis, le Kelly est devenu un symbole de discrétion, d’élégance et, paradoxalement, de statut. Sa liste d’attente dépasse les deux ans dans certaines boutiques. Son prix sur le marché secondaire dépasse souvent son prix de vente en boutique. Il est devenu, comme tous les grands mythes, plus grand que son histoire.

Le Kelly ne cache pas sa valeur. Il se présente sobrement, avec cette retenue qui est, dans l’univers du luxe, la forme la plus ostentatoire de l’ostentation.

Le carré Hermès

Le carré Hermès, lancé en 1937, est un cas d’école pour qui s’intéresse à la manière dont un objet utilitaire devient un médium artistique. À l’origine destiné aux cavalières, il fut porté par Jacqueline Kennedy, Audrey Hepburn, Grace Kelly encore. Chaque carré est l’œuvre d’un artiste, tirée en édition limitée sur une soie poidé à la main.

Ce qui est remarquable dans l’histoire du carré, c’est la façon dont il a résisté aux cycles de la mode. Il n’a jamais été véritablement démodé parce qu’il n’a jamais appartenu à une tendance. Il appartient à un imaginaire plus stable, celui du savoir-faire artisanal français, de la tradition équestre, de la féminité classique réinterprétée génération après génération.

Le sac Birkin

Le Birkin est né d’une conversation dans un avion. En 1984, Jane Birkin, actrice et chanteuse, se plaignait à Jean-Louis Dumas, alors directeur général d’Hermès, de ne pas trouver de sac week-end pratique et élégant à la fois. La conversation aboutit à la création de ce qui deviendrait l’objet le plus convoité de l’industrie du luxe.

Ce qui distingue le Birkin de ses contemporains, c’est sa fabrication. Chaque sac est réalisé à la main par un seul artisan, sur plusieurs jours. Il n’existe pas de ligne d’assemblage. Cette réalité artisanale, rarement rencontrée dans la mode contemporaine, contribue autant que le prix ou la rareté à construire le mythe.

La petite robe noire

On attribue généralement la petite robe noire à Gabrielle Chanel, qui en publia un modèle dans Vogue américain en 1926. Le magazine la compara alors à la Ford T : un modèle universel, accessible à toutes, destiné à traverser le temps. La métaphore était juste. En neutralisant la couleur, Chanel proposait un vêtement qui pouvait être tout : sobre ou festif, selon l’accessoire que l’on y ajoutait.

La petite robe noire est devenue un archétype parce qu’elle est une toile blanche. Elle ne dit rien par elle-même : c’est ce que l’on en fait qui parle. Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s, avec sa robe Givenchy et ses gants longs, a proposé l’interprétation la plus célèbre de cet archétype, et continue d’influencer la façon dont nous imaginons l’élégance féminine soixante ans plus tard.

Le foulard en soie

Objet de tête, de cou ou de sac, le foulard en soie a traversé les siècles avec une adaptabilité remarquable. Des cours royales européennes aux actrices de la Nouvelle Vague, il a su se réinventer sans jamais perdre son association avec l’idée d’une certaine grâce. Sa légèreté et sa polyvalence en font l’un des rares accessoires capables d’appartenir simultanément à la haute bourgeoisie et à la garde-robe la plus décontractée.

Aujourd’hui, des maisons comme Hermès ou Gucci continuent de produire des carrés et foulards qui sont aussi des œuvres d’art portables, signées d’artistes contemporains et tirées en éditions numérotées.

Iconiques
COLLECTIF – ÉDITIONS LAROUSSE (2024)

304 pages consacrées aux pièces et accessoires qui ont traversé les décennies. La genèse de chaque objet, racontée avec soin et magnifiquement illustrée.

Gucci: The Art of Silk
JO-ANN FURNISS – ÉDITIONS ASSOULINE (2025)


L’histoire des foulards en soie de la maison Gucci, de 1966 à aujourd’hui. Un objet éditorial précieux pour qui s’intéresse à l’histoire des accessoires et au savoir-faire de la soie.

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Ce qui frappe, en étudiant ces objets, c’est la constance de leur logique. Un accessoire devient iconique non pas parce qu’il est beau – beaucoup d’objets beaux sont oubliés – mais parce qu’il cristallise, à un moment précis, quelque chose que la société cherchait à exprimer. Il arrive à point nommé. Il porte une histoire avant même que son histoire ne commence.

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